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Trait d’union entre cultures, trait d'union entre femmes qui arrivent au Sénégal pour y vivre en harmonie !

Sans elles, Trait d’Union n’existerait pas …

Portrait d’une des fondatrices de TU : Fernande Mime.

c_2013 FernandeFernande  m’accueille dans sa maison, bien connue des adhérentes de TU, puisqu’en son jardin nous tenons nos réunions mensuelles. Pour cette rencontre, j’ai droit à une savoureuse part de tarte à l’abricot : je me sens déjà en famille, chez une tante, par exemple. Et je l’écoute avec admiration et un immense intérêt.

Fernande est arrivée au Sénégal il y a quelques quarante-sept années, en 1966, avec un bébé de deux mois, pour suivre son mari, jeune officier sénégalais rencontré en France et épousé à peine ses vingt et un ans arrivés. Elle était alors à l’Université et son futur en formation militaire dans la région. Cela s’appelle le destin (sauf que tous ces beaux jeunes militaires en uniforme, draguaient dans les bals des universités en quête d’étudiantes à faire virevolter tous les weekends)! Imaginez-la, très jeune mère, vivant dans une cité militaire, aux fins fonds de Ouakam, avec son nouveau-né. Elle y est très isolée, son mari étant en poste à Saint-Louis, et même s’il y a de l’autre côté du camp deux autres françaises mariées elles aussi à des militaires sénégalais, elle n’a pas eu à les rencontrer.

La première année du séjour au Sénégal est donc consacrée au bébé, au mari, à l’installation dans une vie si nouvelle, et  au futur bébé qui s’annonce.

En 1967, à peine sortie de la maternité, et grâce à ce bébé qui a eu la bonne idée de venir au monde cinq jours avant les épreuves, elle se présente au concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure de Dakar (devenue depuis la FASTEF : faculté des Sciences et Techniques de l’Education et de la Formation). Direct de l’hôpital à l’école, le papa revenu sur Dakar depuis, étant chargé des biberons… A l’ENS en 1967 il y a encore quelques professeurs français et belges, le directeur des études est français, mais ils sont les derniers, et elle est la seule de sa couleur dans sa section: elles sont d’ailleurs peu nombreuses, les femmes à l’Ecole Normale : sur les dix-huit élèves-professeurs de sa classe elles sont quatre, trois sénégalaises (dont l’une d’origine libanaise, l’autre d’origine mauritanienne) et elle d’origine française! Elles sont  toujours restées des amies. L’une est devenue une femme politique et l’a entraînée un temps dans le militantisme…  Le directeur de l’Ecole Normale Supérieure était alors un certain M. M.  qui fut par la suite directeur de l’UNESCO, et c’est grâce à lui qu’elle a pu s’inscrire, sans avoir encore acquis sa nationalité sénégalaise, ce qu’elle régularisa aussitôt. Sa fille naît bientôt en 1969, année où elle achève sa formation major de promotion, et titulaire du CAECEG, elle devient professeur de lettres bivalent, français-anglais. Elle est aussitôt affectée au collège public de Ouakam où il reste un autre professeur français. Mais c’est l’époque où l’Etat remplace les enseignants français du primaire (les collèges et sections normales en font partie) par des enseignants sénégalais. Elle intègre donc la fonction publique sénégalaise en 1969.

Pendant qu’elle enseigne au collège de Ouakam, elle s’inscrit à l’UCAD, en deuxième année de DUEL, puis passe sa licence d’anglais et sa maîtrise! Elle donne aussi depuis 1970, des cours d’anglais aéronautique, cellule et moteur, au centre de formation d’Air Afrique, histoire de payer les traites de la R4 qu’elle vient de s’offrir pour emmener ses trois bambins au jardin d’enfants… et mettre du beurre dans le « ciep bu dien»…  Ne me demandez pas quand est-ce qu’elle a dormi durant toutes ces années, parce que je n’ai pas osé lui demander…

1975 voit la naissance de son quatrième enfant, et grâce à ses nouveaux diplômes, elle est mutée au lycée technique Maurice Delafosse, section commerce. En 1975 il y a encore quelques enseignants français coopérants dans les lycées publics.

Mais en 1978, elle se lasse de passer tous ses week-ends à corriger des copies. Calculez : cinq à six classes de second cycle d’environ cinquante élèves chacune, et une journée à huit heures de cours le lundi, histoire de finir la semaine épuisée! Alors pour fuir les copies, elle se présente au concours d’élève-inspecteur  et suit une formation de deux ans à l’Ecole Normale Supérieure… En 1980, promue Inspectrice de l’Enseignement Elémentaire, elle est affectée à l’Inspection  régionale du Cap Vert et fait passer des examens pour les instituteurs. (Si elle obtient d’ailleurs 100 % de réussite, c’est qu’on ne lui confie que deux candidats au CAP à examiner…) Elle s’implique dans la supervision de l’Education préscolaire publique et privée.

En 1981, un poste de formateur se libère à l’Ecole Normale, et elle réintègre cette institution, cette fois comme professeur chercheur ! Elle intervient alors dans différentes sections et départements, dans le secteur de l’audio-visuel, en anglais, au centre de recherche, à la formation en  psychopédagogie.

c_2006_fernandeA cette époque-là, l’Ecole Normale de Dakar passe des conventions de partenariat avec d’autres universités (belges, canadiennes, françaises) qui offrent des formations en troisième cycle au personnel enseignant de l’école. Ainsi l’université de Toulouse le Mirail ouvre des perspectives. Les toulousains viennent dispenser des formations, qu’elle s’empresse de suivre, passe une licence et une maîtrise en Sciences de l’Education ! Mais elle ne part pas à Toulouse pour finaliser un troisième cycle. Trop compétitive sans doute pour ses collègues carriéristes, et prioritaires. Elle reste à Dakar et s’engage dans un DEA en 1994 lorsque la Chaire UNESCO en Sciences de l’Education est fondée à l’Ecole Normale. Elle enseigne la psychopédagogie aux futurs enseignants du secondaire jusqu’à sa mise à la retraite après vingt ans de bons et loyaux services dans cette institution.

Mais elle n’en reste pas là. Ayant repris l’enseignement de l’anglais au secondaire du lycée français de Dakar, elle se présente au CAPES français, et l’obtient, en l’an 2000, à 56 ans.  Elle passe alors une année en France pour la première fois depuis 1966. Elle est envoyée pour son stage dans un collège de l’Académie d’Aix-Marseille et se retrouve en fin d’année affectée dans l’Académie de Nice. Mais le Sénégal lui manque et elle y retourne une fois le stage achevé. Elle prend une disponibilité pour retrouver son poste au lycée Mermoz en contrat local jusqu’à ce que se libère un poste en contrat résident dans sa matière. Elle y enseigne jusqu’à sa retraite, en 2007.

Aujourd’hui, elle savoure un repos bien mérité, quoique…

Voilà en très grandes lignes la vie professionnelle, de Fernande, arrivée au Sénégal à 22 ans, avec un bébé, un mari et son bac ! Il nous resterait bien d’autres aspects de cette vie à retracer, une vie qui force l’admiration … Ce sera pour la prochaine fois !

 Véronique Petetin

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3 commentaires sur “Sans elles, Trait d’Union n’existerait pas …

  1. DAME MIME
    24 juin 2013

    QUELLE BRAVE FEMME, ON EST FIER DE VOUS TANTA FERNAND MIME ,YALNA YALLA YOKE SAY FANE JUSQU’A 111 ANS , JE SUIS VRAIMENT EMU,

  2. Dominique Corti-ba
    10 juillet 2013

    Quel parcours ! Et quelle ténacité. Dame courage, on devrait t’appeler !
    Dom

  3. Ginette Magnan Marois
    26 juillet 2013

    Quel femme admirable pleine de courage et de volonté je suis pour autant fier de la connaitre

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Cette entrée a été publiée le 23 juin 2013 par dans Portraits, et est taguée , .

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